Etrange roman. Londres, 1912 : le dénommé Pilgrim, critique d’art renommé, se suicide, mais de façon inattendue, il survit. Pris en charge par sa vieille amie Sybil, il est interné en Suisse dans une clinique huppée où le psychiatre qui lui est attribué s’avère être… Carl Gustav Jung, en pleine rupture de ban avec Freud. Enfermé dans un mutisme désarmant, il est entouré de fous tout à fait poétiques et de psychiatres assez mesquins. Sybil confie à Jung les carnets intimes de Pilgrim, afin d’aider à sa guérison.
Mais s’agit-il vraiment de guérison ? Dans ses écrits, Pilgrim raconte avoir bien connu Léonard de Vinci, et même avoir été la Joconde, ou avoir côtoyé sainte Thérèse d’Avila. Et même plus loin dans le temps… Jung est interpellé. Pilgrim a-t-il vraiment vécu ces multiples vies ? Ou s’invente-t-il des vies ? Peu à peu le patient reprend des forces, parle. Mais le mystère reste entier.
Le roman met également en scène, en toile de fond, le divorce de Jung d’avec Freud, mis en parallèle avec le naufrage de son propre mariage, ainsi que sa révélation du concept d’inconscient collectif (dans un passage saisissant) : “je sais des choses que je n’ai pas apprises”.
En face de lui, Pilgrim, fatigué de cette vie d’immortel, et qui cherche à s’évader. Et Emma, sa femme, qui se rebelle devant son autoritarisme et ses manies. Car Jung n’apparaît pas très sympathique dans ce livre : plein de manies, ambitieux et parfois manipulateur, infidèle et autoritaire. Mais fasciné par la folie, qui n’est peut-être pas si éloignée que ça de notre état dit normal…
La grande question qui se pose pendant tout le roman est : est-ce que c’est vrai ? Chaque chapitre nous emmène plus loin de la vraisemblance… et pourtant on y croit chaque fois davantage ! Finalement, la vie, de Pilgrim tout comme la nôtre, si on y regarde bien, n’est jamais qu’une histoire qu’on se raconte… et qu’on fait croire aux autres. Tout du moins on essaye… Pilgrim n’est pas fou : c’est ceux qui ne le croient pas qui le sont.
Ajoutons qu’on croise dans ce roman Henry James et Oscar Wilde, et qu’on y apprendra le pourquoi du vol de la Joconde du Louvre en 1912. Et que c’est brillamment écrit.
Pilgrim, de Timothy Findley, 823 pages, Gallimard, 2002, Folio (traduit de l’anglais – Canada).





1 commentaire
Flux de commentaires pour cet article
22 mai 2011 à 10:52
shaton
Que voilà un excellent conseil de lecture
)
Les grands romans sont un bien tellement précieux, merci !
sébastien h.